Mourir, c’est pas facile, qu’il a dit ….

Posté par lapecnaude le 23 janvier 2010

images.jpgSi çà l’avait été, il aurait peut-être essayé ? De qui se moque-t-il ?

L’été était pourtant chaud, comme je les aime, quand j’ai téléphoné à mon médecin référent « çà ne va pas, je me sens partir .. ». Couchée en foetus sur le canapé, j’attendais, déjà retirée en moi, rassemblant mes morceaux, allez debout, dans la voiture… Arrivée aux « urgences », là on me hisse dans un fauteuil roulant, me trimballe dans des couloirs bétonnés, me hisse en station debout devant un truc glacé, me retransbahute, me portée sur un lit. Stop, position foetus et motus. Une lumière dans un coin de la pièce, des gens qui vont et viennent près de moi, je regarde une pendule sur le mur d’en face, et entend périodiquement une vois qui me demande « vous vous appelez comment ? – vous avez quel âge ? », ceci à intervalles plus ou moins régulier. Sinon, des gens qui entrent et téléphonent, passent …. la sirène des pompiers, des bruits de portières qui claquent, des voix qui s’interpellent. Moi, je ne bouge pas.

A 8 heures à la pendule, branle bas de combat, des infirmiers viennent, attrapent mon lit (tiens il est roulant) et rebelote on voyage dans les couloirs. Virage à gauche, petite manoeuvre, et hop livraison effectuée. Là, on me pique d’un côté, on me tensionne de l’autre, on m’enfile un doigtier, me masque à l’oxygène, remonte bien le drap et on s’en va. Tiens, il y a la même pendule au mur en face de moi. Il est 9 heures.Il est 10 heures, il est 11 heures, passent des hommes en blouse blanche, qui s’arrêtent au pied du lit, me jettent des coups d’oeil en discutant à voix basse, me zieutent encore un coup, rediscutent, bon c’est pas fini ce cirque ? Ils repartent. Ça a duré toute la journée ! Chaque fois que je voulais demander quelque explication « c’est pour votre bien », « quel âge avez-vous ? », tout un tas d’âneries dites d’une voix de tête, criarde, impersonnelle, je ne suis quand même pas sourde ! Non, mais pas bien quand même.

Il est 21 heures à la pendule, cela 31 heures que je suis là, çà on m’a piquée, ils auraient mieux fait de mettre directement un robinet sur ma veine cela aurait été plus vite. Changement de tête, « Bonsoir Madâaame, vous vous appelez comment ? Quel âge avez-vous ? », je me demande si je ne suis pas tombée dans un asile de fous. Cela sonne continuellement dans les armoires situées de chaque côté de mon lit, j’ai des tuyaux dans tous les coins et me demande quelle drogue ils m’instillent, je plane sec. Toutes les heures le tensiomètre se gonfle tout seul, une infirmière passe, note, repart, et moi je suis les aiguilles de la pendule. Puisque c’est pour mon bien. Mais je ne sais toujours pas ce que je suis venue foutre dans cette galère !

9 heures, nouvelle tête, en plus je ne suis pas physionomiste, alors les reconnaître ! Du nouveau, on trimballe mon lit, moi dedans, mes tuyaux, des bouteilles, des poches, enfin tout le saint-frusquin, « c’est pour votre bien »… j’ai envie de … dire de vilaines choses quoi. Autre salle, là, je réalise, une salle d’op, bon je vais passer sur le billard une nouvelle fois, « comptez en décroissant de dix à…. rideau.

« Çà y est, elle revient », çà pour revenir je suis revenue, devant MA pendule, on s’agite autour de moi, je suis bridée dans le dos, sur la poitrine, aux bras, aux doigts, pire qu’une poularde de Bresse. On ne m’a toujours rien expliqué. Les heures tournent, c’est la nuit, j’ai froid dans les os, mais froid, ma peau est brûlante, je ne souffre pas, je claque des dents que je n’ai plus, il est 1 heure et j’entend des bruits, des éclats de voix, une chanson dans ma tête qui tourne en boucle, une histoire de radio bleue, 2 heures pas de changement, j’ai peur, j’hallucine, je vois mon enterrement, mes enfants qui pleurent, un vrai délire…..je me terrorise, c’est atroce. Il faut sortir de là, ne plus regarder ces fichues aiguilles, et voilà le bouquet final, l’air me manque, j’halète, je cherche de l’oxygène partout où il n’y en a pas, la crise, je me pend à la sonnette et décroche. « Madâame, madâame qu’est-ce qu’il y a ? », elle ne voit pas cette andouille que je pompe pire que les shadoks ? Je la vois brandir dans demi-obscurité une sorte de muselière avec des lanières partout qui souffle un vent à décorner tous les cocus de la terre, je ne suis quand même pas un chien, je gueule mais ne mord pas. De force elles me le plaque et je suis bien obligée de respirer, assez longtemps pour me redonner un peu de tonus. Là, j’ai tout arraché, je ne veux pas raconter ce que je leur ai dit ….elles m’ont remis le masque à oxygène. On ne m’a toujours rien expliqué.

Durant les jours qui ont suivi, j’ai gardé une phobie de cet appareil, qui avait été réglé correctement entre temps, j’étais prête à exiger mon transfert dans un autre établissement. Je leur ai expliqué qu’en fait depuis cinq jours j’étais privée de nicotine, qu’avec la dope qu’ils m’injectaient, j’avais eu une réaction violente, une vraie « descente », j’avais enfin compris ce que ressentaient les gamins drogués que je récupérais quand … ils avaient mal, parce que çà fait vraiment mal. Me croirez-vous, on ne m’a expliqué ce que l’on m’avait fait, ce que j’avais eu qu’au bout de sept jours …

Comment voulez-vous obtenir qu’un malade lutte contre sa maladie si on ne lui dit que « c’est pour votre bien  » ? Non, eux, c’est la science, le savoir, vous, vous n’êtes là que pour vous laisser faire, de préférence sans récriminer, pas mon genre tout çà ! Et ensuite entendre « le miraculé-du-malaise-vagal » clamer – MOURIR, C’EST PAS FACILE – !!***!!

Je me demande encore à quoi ils la « boostaient » leur pendule !

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