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Un peu de poésie, contre beaucoup de mépris… un grand corps (de l’état) malade

Posté par lapecnaude le 22 février 2010

mviecoledautrefois275529.jpgMonsieur Le Président,

Merci de lire ce message,
Un p’tit bonheur sur une page,
Une douceur… pour l’Education Nationale.

Je le confie à la toile,
La grande toile du progrès,
Afin qu’il tisse les voiles…
De la solidarité,
Et qu’il rayonne aux ondes…
De l’humanité.

Je suis Professeur des Écoles
Dans un petit village de l’Eure,
Trois cents âmes y demeurent,
Et vingt-six élèves à l’école..
Une classe, dite « unique »,
Mais cinq cours, dits multiples…

Dans cette école une chance,
Un p’tit morceau de bonheur,
Qui s’écrit avec ces trois lettres :
Employée de la Vie Scolaire.. .

Pour l’Education Nationale,
Un p’tit bonheur, c’est pas banal,
Un léger baume sur le coeur
De cette Grande Dame
Un peu… bancale !

Notre bonheur, c’est Géraldine,
En silence elle participe
A la guérison d’la Grande Dame…
Elle est… une Valeur Ajoutée
HUMAINE rentabilité,
Et c’est du bonheur… assuré !

Dès le matin, elle s’active,
C’est sur le net qu’elle s’incline
Les courriers, les notes de service,
Toutes les infos de l’inspectrice,
Et celles de l’Académie….

Mes mots notés au brouillon,
Les compte-rendus de réunion,
Tapés, imprimés, photocopiés,
Enveloppés, adressés, timbrés,
Prêts à être distribués…

Encadrés, les derniers dessins des CP, Affichés, sinon… à quoi bon
dessiner ?
Un CM vient montrer son texte sur le musée, Elle l’aide à le recopier,
à taper sur le clavier…
Afin de ne pas gêner, le travail commencé, Un autre enfant vient finir
avec elle l’exercice, Elle explique et décortique, redonne de
l’énergie…

Rangée la bibliothèque,
> > > > > Notés les livres prêtés,
Elle prépare la maquette,
La une du journal scolaire…

Ah! Notre petit journal
« Magique », ils l’ont appelé
Quel travail de fourmi,
J’y passerai……des nuits ?

Sonne la récréation, une mi-temps pour souffler, Elle me rejoint,
souriante, à la main nos deux cafés, Quelques chaudes gorgées,
entre… deux conflits à régler, Des solutions à trouver, des mots à
reformuler, Une écorchure à soigner, une blessure à consoler…

Et puis… c’est reparti !
Sur les chemins de la connaissance,
Vaincre ainsi sans cesse l’ignorance,
Avec labeur, effort, sérieux,
S’ouvrir l’esprit, être curieux.

Ne pas oublier l’insouciance,
De tous ces êtres en enfance,
La bonne blague !… On la mettra dans le journal, Les bons gags, et
les rires, c’est vital !

Dans les pots
Les peintures sont bien préparées,
Quatre enfants sur un chevalet,
Deux à l’ordi pour recopier,
Les autres en dessin sur papier,

…Sans elle, jamais…
Ce ne serait si bien géré.

Le soir, coup de fil…
C’est Géraldine,
A sa voix, je perçois,
Une blessure qui abîme…
Ecoute, me dit-elle… c’est à pleurer !
Du « Pôle Emploi » j’ai reçu… un imprimé, Dans quelques semaines,
c’est marqué, Votre contrat est terminé…
Ils me demandent ce que j’ai fait,
Pour trouver un futur emploi..

Sa voix se fêle… « J’ai..un emploi! » Ils me demandent ce que j’ai
fait, pour me former, pour m’insérer, Sa voix se gèle…. puis
accélère: « Je… suis formée, depuis trois ans, j’me sens utile,
insérée et c’est varié, pas bien payé, mais… j’veux rester ! »

Sa voix s’étrangle… c’est à pleurer…

Ils me demandent mes compétences
C’que j’ai acquis, que vais-je répondre ?
Il y a l’espace… d’UNE LIGNE
UNE LIGNE…. mais tu te rends compte !

J’ai honte, honte… il aurait fallu UNE PAGE Au moins UNE PAGE pour
répondre, J’ai honte, honte… pour notre Grande Dame Pour ceux qui
l’ont créée, l’ont fait évoluer, Qui a tant appris aux enfants,Qui a
tant encore à leur apprendre..

Et Géraldine ???
On n’ lui dira même pas MERCI
Bien sûr, pas de parachute doré,
Et même pas d’indemnité
Ils lui précisent… Oh!..comme ils disent

D’étudier ses droits…
pour… le R.M.I.
Elle a raison… c’est à pleurer…

Alors qu’on demande chaque jour,
A nos élèves de dire « Bonjour »
De dire « Au revoir » et…. « Merci »

De s’ respecter, d’être poli
Comme vous dites, Monsieur Sarkozy…
Que vais-je dire, à la p’tite fille,
Qui l’aut’re jour, près de moi, s’est assise,

Et, tout fièrement, m’a dit :
« Tu sais, Maîtresse, moi, quand j’serai grande,

J’irai au collège, comme mon grand frère,

J’irai au lycée, j’passerai mon bac,

Et je ferai… comme Géraldine! »

Je sursaute… Mon coeur se serre…C’est à pleurer.

C.Picavet
Professeur des écoles
à l’école des Livres Magiques
Saint-Grégoire du Vièvre (Eure)

En hommage à toutes les Géraldine, Florence, Sabrina,Laurence,Elodie,
à tous les Philippe, Sébastien, et bien d’autres qui ont valorisé mon
travail, et participé à la guérison d’la Grande Dame…
qui est encore bien malade…

Je ne crois pas à la peur, je crois à la force et à la magie des mots,
Et pour garder notre bonheur, il suffirait de quelque Euros…
Quel patron, quelle entreprise, après trois ans de formation,
Jetterait son salarié, pour prendre un autre, recommencer ?

Quel jardinier, quel paysan, brûlerait sa récolte mûre, après avoir semé, soigné ?

Je n’ai pas fumé la moquette
Je veux seulement que l’on arrête,
De prendre les gens pour des pions,
Qu’on arrête de tourner en rond !

Torpillé le « Chagrin d’école »

En mille miettes de BONHEUR !

En l’honneur de tous ces p’tits bonheurs..
INONDONS LE NET
les amis, les décideurs,
les chômeurs, les travailleurs,
les directeurs, les inspecteurs,
employés et professeurs,
députés, ministres,
r’m'istes ou artistes,
chanteurs, compositeurs, rapeurs, slameurs, radios, journaux, télés,

et à tous ceux qui sont… parents… d’un enfant…
enfin à chaque être humain de ce pays
qui j’espère un jour dans sa vie,
a bénéficié d’un peu de bonheur,
de cette Valeur Ajoutée
HUMAINE rentabilité,
dans le giron de la Grande Dame.

P.S : Ironie….. A la rentrée, c’est presque sûr

Notre petite école rurale

Sera dotée d’une Valeur Matérielle Ajoutée,

Des fonds ont été débloqués,

Huit ordinateurs et un tableau interactif

Une « classe numérique »

Nous serons à la pointe du progrès !

Et pour cela, je serai formée !
Mais, qui m’aidera à installer, et à gérer, sans Valeur Humaine Ajoutée ?

A LIRE, PUIS A TRANSMETTRE si vous le jugez utile

Ce n’est pas la 1ère fois que l’Education Nationale, autrement dit
l’Etat, se déshonore !!

4 Réponses à “Un peu de poésie, contre beaucoup de mépris… un grand corps (de l’état) malade”

  1. David dit :

    Bein diou, je trainais sur PS ILE DE RE et je trouve ton lien . Pas déçu. Un pur « bonheur » comme j’en ai pas lu depuis longtemps ce texte et Dieu ( je l’aime pas lui, d’ailleurs j’y crois pas) sait que je traine sur la toile… Je ne changerai rien à ce désastre décrit ci-dessus, mais si ce texte pouvait « tourner » ….( demande à l’Ile de RE) .
    David.

  2. lapecnaude dit :

    @ David – Ce texte me vient de l’autre bout de la France, je l’ai fait tourner, mais je n’ai point trop d’adresses, si tu veux prends le … en fait c’est un ancien de l’E.N , retraité et contre-bassiste dans une petite formation de jazz qui me l’a envoyé.
    La vie est triste même en y mettant un peu de musique.

  3. babelouest dit :

    Hum…. voilà qui me rappelle… mon fils, formé à l’école de la dure parce que l’école d’après le brevet, celle où il s’était orienté, ne l’intéressait plus. Oh, il n’a pas mal tourné, seulement il a fait beaucoup d’école… buissonnière, un paradoxe en pleine ville ! Bien sûr, son CAP, il ne l’a pas eu, son BEP non plus,et cela lui était bien égal. Alors, il a préparé des concours, il a travaillé en usine… et puis il a eu la bonne surprise d’apprendre que ces années d’usine n’étaient pas inutiles : il avait le droit, s’il le voulait, de passer le DAEU, cet examen parallèle au Bac qui permet à un adulte de se réinsérer.

    Il est allé à Poitiers, il a bossé pendant un an comme un malade, il l’a eu. Il a continué à l’Université, a tenté la licence d’ histoire de l’art : mention assez bien. Il a continué, passé sa maîtrise, mention bien. Puis il a essayé diverses solutions, s’est retrouvé avec un niveau Master Recherche, avec déjà le plan d’un éventuel doctorat sur le papier. Comme il se rendait compte que ce n’était pas vraiment sa bonne direction (pourtant il peint des tableaux que j’aime beaucoup, ses photos de paysages sont magnifiques), il a parallèlement mis sur les rails un diplôme interuniversités de spécialiste du tourisme, qu’il a obtenu malgré la défection de ses deux co-candidats. Puis il a suivi sa dernière année, un master pro Patrimoine et nouvelles technologies : il l’a en poche.

    Après plus d’un an de galère habituelle aujourd’hui pour trouver un emploi, il a fini par se trouver en compétition avec 80 autres prétendants, à une place d’animateur culturel dans un Lycée. C’est lui qui l’a eue ! Depuis, il travaille entre 45 et 60 heures par semaine, à 50 Km de chez lui, mais il travaille ! Il a même un petit peu plus que le SMIC. Les profs du lycée sont très contents de sa présence, qui apporte un vrai plus, nous l’avons su par la bande. Mais ce n’est qu’un contrat d’un an renouvelable une fois, payé pour le moment sur le maigre budget de la région. Pour continuer, il lui faudra devenir fonctionnaire territorial : sera-t-il accepté ? Sinon, il aura perdu un bon poste, et les élèves qui l’apprécient beaucoup, un ami à qui se confier et un vrai tuteur écouté et respecté.

    Son cas ressemble assez à celui de Géraldine, ne trouvez-vous pas ?

  4. Modele dit :

    « de cette valeur ajoutee humaine rentabilite » -> interessant tout ca :)

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