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J.M. BLAS DE ROBLES – Là où les tigres sont chez eux

Posté par lapecnaude le 2 avril 2010

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Dans cet ouvrage Blas de Robles a écrit trois romans en un seul et une biographie suivant un système d’alternance, historique, aventure, socio-politique, allant du XVII° au XXI°siècle. Il nous conte sur un air de samba, un fond de cocaïne, de fumée d’herbe, de rythmes de macumba, dans une luxuriance de foret vierge amazonienne une histoire d’amour, une histoire d’aventure, une peinture de la décadence sociale d’un pays, le Brésil et Kircher.

Eléazard, son fil conducteur, est journaliste et écrivain, dans cette vieille ville d’Alcantara, peu de blancs et beaucoup de « natives », métis de tous les continents. Ses rencontres avec une femme venue d’Italie, belle et mystérieuse, arrivée là comment ? Elle ne le sait sait pas, elle fuit quelque chose, quelqu’un ou elle-même, qui saura jamais ? Son désir d’amour de Loredana, son espoir font la trame de cette histoire d’amour.

A part quelques articles sans grand intérêt qu’il adresse épisodiquement à son journal, il lui a été confié la charge d’écrire la biographie d’un jésuite du XVII° siècle, Anathase Kircher, savant pluridisciplinaire qui écrivit 39 livres sur des sujets divers dont plusieurs encyclopédiques. Cet érudit voyageait dans des contrées lointaines pour y étudier les habitants et leurs milieux. Kircher, outre ses récits de voyages dans des pays en cours d’évangélisation (il faisait partie de la compagnie de Jésus), abordait des « études » telles que la musique, l’acoustique (il inventa le cornet), la physique, l’optique (il se servait couramment d’un microscope rudimentaire de son invention), l’archéologie, la chimie (il expérimentait souvent sur lui-même les remèdes envoyés par ses frères missionnaires), la vulcanologie, l’astronomie (avec une préférence pour les planètes-soeurs de la terre, il avait d’ailleurs réalisé que l’univers n’était pas plat et risquait par là même sa vie, on était encore à la période de l’inquisition), les mathématiques, les sciences… Il abordait également des domaines plus ésotériques , tels que l’occultisme, l’éthique, la Kabbale.

Plus concret, en médecine, lors d’une épidémie de Peste à Rome, il crut identifier le vibrion de la peste (une espèce de vermicule dit-il) à l’aide de son microscope et parla le premier de prophylaxie en ordonnant les quarantaines, le brûlage des effets des morts, le port d’un masque anti-miasmes (l’époque n’était pas à la désinfection corporelle, on se lavait peu ou pas et cela a duré des siècles). C’était quand même un précurseur.

Esprit inventeur donc, polyglotte , ce prêtre de la Compagnie de Jésus ne voyait cependant ses travaux qu’au travers des idées de la scolastique traditionnelle (Dieu à créé, Dieu fait tout, tout dépend de Dieu).

Esprit encyclopédique, il crut avoir déchiffré les hiéroglyphes égyptiens, créant une fontaine avec Le Bernin (sculpteur) ornée d’un obélisque pour complaire au pape. Il connaissait l’écriture grecque, le copte, l’abyssin (?), le chinois (un peu), mais s’était complètement trompé sur l’égyptien, ce qui n’avait aucune importance à cette époque puisque celle-ci ne fut traduite de plusieurs siècles plus tard (Rosette). Néanmoins, il écrivit à l’usage de ses frères missionnaires un dictionnaire de latin-chinois, un récit de voyage en Chine (1660) et un projet de langage universel ancètre de l’espéranto.

A chaque chapitre de la découverte d’Athanase, au rythme de la traduction et de l’interprétation d’Eléazar, suit un morceau de sa propre vie, avec Loredana, l’inconnue du seul hôtel de la ville, le patron-cuisinier et sa compagne, Soledade, sa gouvernante trouvée dans la maison avec les meubles, chacun avec ses peurs, ses rêves et la samba, la macumba et ogum-fer et le rhum, le rhum, le rhum..

Ex-épouse Elaine, partie en expédition à la recherche de fossiles sur le fleuve Paraguay, aux prises avec des trafiquants de cocaïne, prisonnière des indiens guaranis, qui assiste au bout d’une longue marche-calvaire dans la jungle au suicide rituel de toute la tribu et de ses deux derniers compagnons.

De sa fille, Moéma, jeune paumée, camée, bisexuelle qui part en dérive avec des compagnons d’infortune.

De la décadence des élites brésiliens en période d’élection, face à une population démunie de tout, survivant à peine.

Il y aura des morts, des fuites, des incertitudes, du rêve…… mais y a-t-il des tigres au Brésil ?

 Livre de 900 pages, foisonnant de descriptions, d’enseignements, de cocasserie parfois, qu’il me fallut lire avec mes dictionnaires de temps en temps, tels que : savez vous que ? …

- que Caspar Shott, le fidèle secrétaire de Kircher (1608-1666) fut l’inventeur de la première machine à calculer ?          

- que  « rhyzophage » n’est pas quelqu’un qui se nourrit de riz mais de racines ?

- que « spermatophage » n’est pas ……. mais de graines ?

- que « acridophages » est quelqu’un qui se nourrit de sauterelles ?

- que « phtirophages » est qulqu’un qui se nourrit de végétaux ?   Vous entendez vous dire à un végétarien de notre temps qu’il est un phirophage ? 

Outre toutes les descriptions des inventions de Kircher , qui sont passionnantes pour son temps, il reste cette omniprésence de la forêt vierge, des hôtes humains et autres et surtout Du ou des Dieux , car si on croit en l’un, pourquoi pas les autres, ceux des ancêtres ?                      

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