LE COEUR EN DEHORS de Samuel BENCHETRIT

Posté par lapecnaude le 19 avril 2010

hlm3.jpgCette banlieue, ces HLM qui vous collent à la peau et à l’âme. Lorsqu’on y a vécu, on en repart toujours en y laissant un petit bout de notre coeur ! Vous allez me dire que j’aime les histoires tristes d’immigrés, de pauvres, de sans-papiers… c’est un peu cela, oui, en cette époque ou l’on se permet d’entraver des humains comme des bestiaux et de les expédier vers n’importe où pourvu que ne soit pas chez nous, cela me révolte.

Insidieusement ces mots, « sans-papiers », « bâtiments », « tours », me ramènent à ma cage d’escalier avec un ascenseur (farceur lui aussi) jusqu’au 7ème étage du bâtiment 7, avec à chaque étage un vide-ordure sur le palier (clac-schlonc) et deux portes en vis à vis totalement identiques (un oeilleton au milieu bien sûr). Deux familles par étages, des amis, on se parlait, on s’entre-aidait. Chaque escalier était une mini-société.

LE COEUR EN DEHORS, c’est une gamin de dix ans, Charly, pas Charles, TRAORE, parceque son père est Malien, parceque sa mère est Malienne, parceque son père est parti un jour et que sa mère l’attend toujours, en travaillant « au noir », à temps plein chez des bourgeois dont la fille, une avocate a dû louer l’appartement HLM pour la mère de Charly parceque celle-ci n’a plus de papiers, son mari est parti avec …

Charly, un jour où l’ascenseur pour une fois marchait, est descendu avec pour partir à ‘école. A la porte, deux flics et une bonne femme l’accostent et lui demandent « Tu sais où habitent Joséphine et Henry Traoré ? », il le leur indique, et remonte très très vite chez lui par les escaliers. Comme c’est un champion de vitesse, il arrive et se cache dans le vide-ordures, il voit passer les flics, la bonne femme et sa mère qui porte un sac archi plein de choses … un regard, pas de sourire de sa mère, alors il se tait, il attend un long moment en se questionnant. Puis il dévale les escaliers et part au travers de la cité à la recherche de son frère Henry.

Henry ne va plus à l’école, il se drogue, au grand désespoir de sa mère. Charly durant cette recherche nous raconte sa vie, ses copains, Yéyé le roi des charrieurs, Freddy avec son éternelle écharpe autour du cou, Kader… son école, ses profs, ceux qu’il aime, ceux qu’il n’aime pas, la langue française sa matière préférée, la poésie, moins les maths, toute sa vie est et a été dans ce quartier, depuis la maternité, la maternelle, l’école primaire, le collège maintenant. Ces tours aux noms célèbres, Picasso, Proust, Guillaume Appolinaire, ce centre commercial où après avoir fait les courses il va parfois au restaurant avec sa mère, une fois chinois, une fois japonais, tout, il connaît tout Charly, sauf la réponse à cette question : que veulent les flics à ma mère ?

Ainsi se passe la journée, avec les anecdotes de Charly, son langage d’enfant bien élevé mais bien de la cité, sa mère n’est pas là, il n’ose pas rentrer chez lui. Il est allé voir les patrons de sa maman, des gens âgés, cultivés, on lui offre un livre, sa mère n’est pas venue travailler.Il traverse la cité de long en large, dans tous les recoins à la recherche de son frère. Ce soir, il ira dormir dans la cave « aménagée » de son copain. Il n’est pas allé au collège.

 Il finit par retrouver Charly qui lui explique que Joséphine a attendu le père longtemps, puis avec les expulsions, les histoires de sans-papiers, lui aussi en est un, il est né au Mali, pas Charly qui a une carte d’identité française, même que sa mère la gardait dans sa boite à bijoux, elle est allée à la Préfecture, histoire de régulariser sa situation…. Il lui dit que sa mère doit être en « rétention » au nouveau quartier « Louise Michel ». Puis Charly se retrouve seul, seul ? non, y a ses copains, ses livres, Raimbault, Verlaine ….

C’est triste, bien écrit, dense, plein de vie et aussi joyeux comme peut l’être la vie d’un gosse de dix ans …

2 Réponses à “LE COEUR EN DEHORS de Samuel BENCHETRIT”

  1. babelouest dit :

    C’est un chanceux, Charly. Il est joyeux, parce qu’il a des copains, parce qu’il a des amis dans les livres, parce que les cages d’escaliers sont pleines de vie….. Si j’avais un tempérament envieux, je l’envierais.

    A dix ans, je vivais dans une ferme, j’allais à l’école, ou au caté le jeudi, et puis le soir je rentrais bien vite, je ne voyais personne jusqu’au lendemain, hormis ma petite sœur. La terreur était ma compagne : terreur des chiens, qui abondaient. Terreur du retard, synonyme de reproche, de punition. Terreur des récréations, où être souffre-douleur n’est pas amusant du tout. Terreur des bruits violents, des portes qui claquent à la volée, de la foudre, des éclats de voix. Courir, le cœur battant à s’en décrocher. La pension pure et dure à onze ans n’a rien changé à la terreur, aux brimades de récréations et à la solitude. C’est une situation de ce genre qui transforme un couard en révolté.

  2. lapecnaude dit :

    Faut pas croire ce que disent les journaleux, bien sûr il y a des mauvais, mais il y a aussi des centaines de gosses au bas des escaliers qui regardent les pelouses jaunies, qui ont la trouille de passer par les caves, mais qui sont formidables de débrouille, d’entraide. Faut pas oublier la formule magique  » Et si que …. »

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