HOMMAGE A MON INSTITUTEUR

Posté par lapecnaude le 11 juin 2010

autrefoisporteplumeetencrier.jpg  C’était il y a longtemps, plus de soixante ans, à cette époque dans nos villages, nos villes, nos quartiers, il y avait de « grandes figures » respectées. Le Maire parce qu’on l’avait choisi, le Curé ou le Pasteur parce qu’il représentait la morale et l’Instituteur parce qu’il dispensait le savoir.

Mon instituteur, Monsieur Beurton, était un homme déjà fait comme on disait alors, il avait presque cinquante ans lorsque je suis entrée dans sa petite classe de 11ème. C’était une classe unique qui allait de la 11ème jusqu’au certificat d’études primaires. Entre-temps, en 7ème2, quelques élus (socialement) étaient soumis à l’examen d’entrée en classe de 6ème, dans le secondaire.

C’était une classe mixte où une trentaine de garnements devaient coûte  que coûte apprendre les bases nécessaires du savoir et du savoir-vivre qui leur seraient nécessaires plus tard.

Je venais de la maternelle laïque où j’avais appris mes lettres et mes chiffres. Quelle émulation c’était que d’entendre le Maître raconter l’histoire ou la géographie de la France aux grands, et les sciences naturelles ! Nous profitions évidemment des enseignements en instruction civique et morale. Ça, c’était pour tout le monde, « plus on apprend jeune, plus on retient » disait-il.

Il se faisait respecter, le Maître, pour cela, il avait « Rosalie », une longue baguette de noisettier, si longue qu’elle pouvait aller jusqu’au dernier rang de pupitres de la classe. Pas moyen de regarder voler les mouches ! Clac ! faisait la baguette sur le bois, cela nous réveillait.

Vous n’avez jamais chanté les tables de multiplication ? Non, maintenant on n’apprend plus à compter, on tape sur les touches d’une machinette … çà n’ouvre pas l’esprit !

On devait tout apprendre par coeur, les verbes, les conjugaisons, la grammaire, le vocabulaire, l’arithmétique, la géométrie, un peu d’algèbre, l’histoire, la géographie, les sciences naturelles et le français. Ah ! ces phrases, combien de fois tournées et retournées afin qu’elles deviennent parfaites, qu’elles expriment l’idée, le temps, le lieu …

Nous écrivions à l’encre, cette encre violette qui au fil du temps s’efface de nos vieux cahiers d’école et de nos lettres. Au porte-plume, avec une plume « sergent-major », le buvard si nécessaire, gare aux taches, une page tachée était considérée comme cochonnée et déchirée – à refaire, avec en prime une centaine de lignes à copier afin d’apprendre à soigner son travail.

Mouler ses lettres était, pour les petits, la grande affaire de la première année. Majuscules, minuscules, avec des arrondis bien francs, des m et des n avec des enjambées bien distinctes, des j et des g avec de vraies jambes galbées et non des queues qui étaient réservées aux q. Quelles difficultés avec les boucles du k et ce w et sa petite queue … essayez, reprenez le porte plume.

Comme tous les enfants, nous étions dissipés, le Maître faisait régner la discipline. Pas question d’arriver en retard, sinon on avait une punition, des lignes à faire le soir au lieu d’aller jouer, un gage ou une retenue …avec des lignes.

Mes parents, comme les parents de mes camarades, étaient souvent en contact avec le Maître, soit ils venaient le voir, soit ils se rencontraient ailleurs et gare si le Maître n’était pas content de nous ! La punition était doublée à la maison. Le Maître à toujours raison.

Autres temps, autres moeurs, on expédie les mômes dans les écoles comme dans des garderies, à charges aux enseignants de leur apprendre … ce que les parents sont incapables (par ignorance, par laxisme ?) de leur apprendre. Leurs communications avec les éducateurs sont rares et souvent contraintes, ils n’ont pas le temps, il leur faut aller travailler, il leur faut courir faire les courses au super-marché, il leur faut tout juste prendre le temps d’avaler un repas, vite parce qu’il y a « quelque chose » d’intéressant sur la 2. Il leur faut le temps de ne pas avoir le temps.

Pendant ce temps, leurs gosses suivent au pas de course, de toutes façons ils ont leurs game-boy, leur ordinateur avec « terminator 2 ou 3″ cela les occupent.

Pas le temps, pas le temps, pas le temps de se parler, d’écouter leur vocabulaire, d’étudier leur savoir-vivre, ils en ont si peu eux-mêmes.

Ils n’ont pas le temps d’éduquer leurs enfants.

Les enseignants sont là pour cela, on paie des impôts (même si on n’est pas imposables sur le revenu) !Si quelque chose ne va pas, que le môme dévie, parle ou se conduit mal, ce n’est pas de notre faute, c’est celle de l’enseignant !

Ont-ils pris le temps d’être des parents ? De savoir, de comprendre ce que voulait dire le mot « parents » ? De comprendre quelles étaient leurs responsabilités dans l’éducation de leurs enfants ? 

Où s’arrête le rôle des parents, où commence celui de l’enseignant ? Ce ne sont pas les théoriciens du gouvernement qui vont le dire, ils changent d’avis comme de cravate ou de parti politique et ce n’est pas la voie qu’ils suivent actuellement qui va résoudre le problème.

La notion de respect a été oubliée, moi, je n’oublierai jamais celui que je dois à mon Maître d’école, Monsieur Beurton.

L’Education Nationale va mal, les enfants vont mal et cela ne va pas s’améliorer.

17 Réponses à “HOMMAGE A MON INSTITUTEUR”

1 2
  1. babelouest dit :

    Merci La Pecnaude, de rappeler le (bon ???) vieux temps. Oh oui, les Maîtres ou Maîtresses étaient respectés ! La question ne se posait même pas. Jusqu’en CE2 j’ai eu une maîtresse, la femme du maire de l’époque qui plus est. Ensuite, je suis allé à la Grande École (!) pour mon cours moyen, puis je suis parti « en pension » où ce n’était vraiment pas drôle non plus. Les autres étaient restés au Cours Supérieur, couronné par le fameux certificat d’Études (on ne rit pas, c’était très sérieux) à quatorze ans. J’ai beaucoup été aidé à la maison, traduisons je devais travailler beaucoup. La grand-mère surtout me faisait rabâcher les leçons, les réciter par cœur… Ah le savoir, on le savait ! Quand je suis tombé malade pendant 6 mois, et que ma grand-mère s’est mis dans la tête de me faire apprendre toutes les préfectures et sous-préfectures, j’ai vraiment cru défaillir. Cela ne m’a même pas donné une bonne mémoire, me semble-t-il.

    Enfin, grâce à nos Maîtres en blouse grise, nous étions parés pour la vie, c’est indéniable.

  2. lapecnaude dit :

    J’ai écrit cela parce que je suis écoeurée par l’attitude des parents, qui, dans leur médiocrité veulent paraître vis à vis de leurs enfants. Pour ce faire, pour ne pas admettre leur lâcheté devant leur progéniture, pour ne pas leur apparaitre comme des déserteurs de leur camp de parents, ils attaquent ceux qui les remplacent haut la main : les instits. Ils sont aidés en cela par des gens encore plus médiocres, plus dépravés qu’eux, ceux qui nous gouvernent, qui ne pensent qu’à cumuler, qu’à arnaquer, qu’à voler le bien de la communauté et pire encore, le bien de l’avenir, le savoir des enfants.
    C’est pas la pilule qu’on aurait dû inventer mais la machine à castrer !

  3. babelouest dit :

    Il est certain qu’autrefois, le rare travail extérieur des femmes permettait un bien meilleur suivi de leurs enfants. Aujourd’hui, où souvent deux salaires ne sont pas de trop (surtout avec la généralisation du temps partiel), ce suivi est bien plus difficile faute tout simplement d’être là. C’est une double peine, dans la mesure où souvent aussi, les travaux à faible revenu engendrant le salaire des deux conjoints sont effectués par des personnes plus fragiles au niveau connaissances, qui auront du mal à aider leurs enfants. Triple volet, puisque ces conditions difficiles sont supportées par des couples plus prolifiques, c’est une donnée sociologique constante indépendante de l’origine de ces personnes.

    La machine à castrer, il faudrait l’installer à l’entrée d’un restau chic du Huitième ou du Quinzième. Et puis sous le porche de l’École Alsacienne. La source de nos ennuis tarirait vite ! Même en faisant appel à la main-d’œuvre étrangère, hongroise par exemple.

  4. lapecnaude dit :

    Je sais que les conditions ne sont plus les mêmes, ma mère avait cinq enfants, elle était couturière et travaillait toute la journée (la salle à manger étant transformée en atelier), mon père secrétaire de mairie (3000 habitants) n’était pas là non plus, mais est-ce pour cela qu’ils auraient accusé mon maître d’école si j’avais fait des conneries ? M’auraient-ils cru si je leur avais raconté qu’il disait ceci ou cela (banane ou patate en l’occurence, ce qui a certainement le pouvoir de traumatiser des gosses de dix ans qui se traitent couramment de cons, de connards et autres épithètes sonnantes) et seraient allés s’en plaindre (perdant un temps qu’ils auraient pu consacrer à l’éducation de leur enfant) à un directeur d’école refoulé ? Et que dire de ce pleutre de directeur qui, agissant si conformément aux directives gouvernementales en fait tout un pataquès ?
    Ils les auront leurs 16.000 suppressions cette année, soit par mort violente, soit par dégoût et démission. MAIS OU SONT LES INTERETS DES ENFANTS ?

  5. babelouest dit :

    La réponse à MAIS OU SONT LES INTÉRÊTS DES ENFANTS ? est sans doute très simple. Là-haut, ce n’est pas leur mission. C’est le terme employé habituellement. L’important n’est-il pas de faire des économies partout où il ne faut pas en faire ? Et, corollaire, de ne pas en faire du tout là où le bon sens le recommanderait. Tous les services publics, et pas seulement l’éducation, sont saignés à blanc, excepté la tête administrative qui pourrait être réduite largement. On ne touche pas aux hauts salaires, tout de même ! Ce sont eux qui, comme sous Vichy, sont la courroie de transmission brutale du pouvoir.

    Ah si on pouvait……

  6. lapecnaude dit :

    Ce qui est particulier, c’est que les souvenirs que j’en garde de ces 6 années passées sous sa houlette (Rosalie), ce ne sont pas des portraits de lui, je ne crois pas qu’il portait une blouse, mais un veston marron (dans ce temps là, il fallait que çà dure). Ce dont je me souviens, ce sont les grandes cartes murales de la France des départements, des rivières et des montagnes. Les deux grands tableaux noirs, un de chaque côté de son estrade, l’armoire avec les livres de bibliothèque que je guignais en douce, le gros poèle à bois que la concierge allumait parfois avant que nous arrivions, sinon, c’était à nous la corvée. La bouteille d’encre qu’il remplissait religieusement au début de l’année. Et comme j’ai toujours été la plus petite, j’étais automatiquement devant, bonne pour les interro et les récitations … pas moyen de faire des bêtises, mais j’évitais Rosalie !
    Les garçons turbulents n’évitaient pas les calottes et elles étaient sèches !
    Maintenant, ces petits chéris peuvent dire m…de à leur instit, il n’a pas le droit de répondre, sinon ils crient au « martyre » (les parents), comment leurs enfants les traitent-ils ?
    L’EDUCATION NATIONALE VA DEVENIR UNE MACHINE A FABRIQUER DES ANALPHABETES …. QUI VOTENT !

  7. babelouest dit :

    Oui ils votent, et ainsi ils votent pour qui Madame Transe Deux ou Monsieur Tef Haine leur disent de voter. C’est-y pas simple, ainsi ?

  8. remi begouen dit :

    Bel hommage à ton instit, Lapecnaude. Suivi d’un beau dialogue entre Babelouest et toi, sûrement plus important, d’actualité, que ce qui va suivre. Il s’agit de mes souvenirs, si différents, de ma ‘petite école’ – et il est vrai que cette période est fondatrice de l’orientation de toute une vie… Je n’ai pas eu la chance d’avoir de bons maîtres laïcs, mais la malchance de bien médiocres ‘frères de l’éducation chrétienne’ (dits de Ploërmel) : pas le choix, c’était la seule école française de ma ville de Port-Fouad (face à Port-Saïd, au nord du canal de Suez). Ma chance fut l’école buissonière, car c’était facile à cause de la paresse de ces frères (qui n’avertissaient pa les parents). On jouait dans les terrains vagues. C’est comme cela que je me suis mis, vers 7 ou 8 ans, à mieux parler l’arabe que le français, ce qui a fini par intriguer mes parents. Il faut dire qu’ils étaient un peu débordés : nous étions 9 enfants…et j’étais dans les derniers, chouchouté parce qu’enfin garçon, le second, longtemps après l’aîné et… 7 filles (élevées chez les soeurs cato…)! Il fallut que mon père me trouve un précepteur pour rattraper les dégâts : je dois à ce merveilleux jeune homme italien d’avoir bien appris la langue de Molière (au point qu’aujourd’hui j’ai oublié celle d’Avéroès)… Mais, en plus, ce bel italien était très surveillé par les Anglais car on était en pleine guerre et les italo-germaniques de l’Afrika Korps menaçaient le canal de Suez, qu’ils bombardaient, à défaut de le conquérir. On trouva prétexte de l’arrêter, dans la pâtisserie de Port-Saïd où il m’offrait un chocolat, pour ‘soupçon de pédophilie’…car il n’avait ‘enlevé’… dit mon père !
    Bon, j’arrête là : j’ai plein d’anecdotes du genre, assez scabreuses. L’essentiel est que j’ai appris l’essentiel en école buissonnière ou parallèle. Par exemple, plus tard en pension en France, de piller les programmes des ‘grands’ (maths, géo, littérature…) et de négliger les miens, etc. A suivre ?

  9. babelouest dit :

    Juste un détail que je n’ai pas mentionné : à partir de onze ans, c’est dans le « privé » que j’ai été embrigadé. D’abord les « chers frères » au collège, puis les « pères » au lycée. Les frères étaient plutôt coincés, mais la discipline régnait (sauf sur la cour de récréation où, élève timide, j’étais molesté souvent, souffre-douleur, et plutôt traumatisé : ceci au collège). Ne me demandez pas si j’aimerais retrouver l’enfance : la réponse est non.

  10. Fifi d'Ardèche dit :

    Bonsoir. Moi,mes premières années de primaire se déroulèrent dans un village de Haute-Marne , mon instituteur s’appelait Tavernier mais je l’appelais « Tata’…Je crois qu’il connaissait bien Mr Beurton, l’instit des « grands » à mon époque…Mais il faut croire qu’ils étaient doués , ces instits, car je lisais et écrivais couramment à l’âge de 4ans et demi…
    Ensuite, dans un endroit perdu des Aurès, en Algérie , je connus d’autres instits, qui nous enseignaient, à moi ainsi qu’aux petits musulmans, que « nos » ancêtres étaient blonds, avaient les cheveux longs et habitaient des huttes en bois! …J’avais beau n’avoir que 5ans, je regardais mes petits copains et je me disais qu’il y avait un truc qui ne collait pas! Et eux se disaient la même chose! Ca nous faisait rire..
    Ce serait bien , vraiment, que, dés les 1éres années de classe,–et ce partout dans le monde– on explique aux enfants où a débuté l’humanité , et comment ensuite se sont dispersés les différents groupes humains, par vagues successives, cela permettrait sans doute d’éradiquer le racisme . C’est pourtant tout simple , pourquoi n’y pensent-ils pas , ceux qui décident des programmes ?

1 2

Laisser un commentaire

 

Justina Angebury |
Réservation 2010 - Furet / ... |
sac à mots |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | to be or not to be
| le blog du Dr. Drake
| doc Dilo