FUMELLE, MOI ? – NON, FUMEUSE ! …

Posté par lapecnaude le 18 juin 2010

cigarette.jpg    J’avais 16 ans quand le jeune médecin militaire, mon mentor du moment, m’a tendu une « troupe » allumée en me disant « vaut mieux que tu fumes, çà atténuera l’odeur »… Nous étions à l’entrée d’un gourbi, au fin fond de la montagne et le vieil homme qui nous avait hélés depuis le bord de la piste tremblait près de nous, de fatigue, de faim, de peur ? Il répétait comme une litanie « mâtrafch, mâtrafch », n’aies pas peur, n’aies pas peur. Il ne s’adressait pas à nous, mais à l’être qui était dans cette pièce, leur logement au sol de terre battue et aux murs de pierres sèches liées au mortier de terre, dans l’obscurité, c’était sa femme, sa vieille, sa « djouze ».

Il n’avait que sa femme, son âne et trois brebis, ses enfants étaient morts ou partis ailleurs où on trouvait à manger et à vivre mieux. On ne peux décrire pire dénuement, pire misère que ces deux vieux, là, seuls, vivant dans cet antre ou ne pénétrait qu’une chiche lumière, à proximité d’une autre pièce l’écurie . Au moyen-âge, en Europe, certains habitats étaient semblables, là nous étions au XX ème siècle. Autour, des cailloux, la terre rougeâtre, argileuse ne laissait pousser que de parcimonieuses herbes et épines, un petit arbre poussait dans la cour, juste pour donner un peu d’ombre quand il fallait cuire la galette sur le feu, trois ou quatre pierres assemblées en foyer et le soleil au dessus …. Le puits était à 4 kms, le vieux chargeait des « bidoun » sur l’âne et allait à l’eau tous les deux jours. Les bienfaits de la colonisation étaient partout.

Armés de torches, nous sommes entrés, clope au bec. Vrai, on en avait besoin.  Combien de générations avaient-elles vécu là-dedans, sur la terre battue, sur des matelas rapetassés avec des guenilles ? Nous avons fait ce que nous avons pu (tuberculose terminale m’a glissé le toubib), donné au chibani des comprimés de « rimifon » (le remède miracle de l’assistance médicale contre cette maladie endémique… un cataplasme sur une jambe de bois), chaque dose dans un petit bout de papier, « lever du soleil, coucher du soleil », pour quatre jours … çà va,  çà va, disait l’ancien, et après çà va? Et alors, j’ai vu le médecin rougir et soupirer profondément , se tourner vers le traducteur et répondre doucement « après …  après Dieu verra ! ». Lui-même n’était pas croyant, mais me dit-il, entre rien, le ciel et la terre que leur reste-t-il ?

Nous sommes sortis, et là il m’offert une nouvelle cigarette. Cette fumée là contenait tant de choses …

Quand un médicastre me recommande d’arrêter de fumer, j’ai une pensée pour ce jeune médecin, soldat par obligation, qui m’a initiée et je me garde d’expliquer ce que m’apporte la fumée … le calme, la patience, le temps de fixer mes pensées, de rêver …  Cependant, j’en connais les défauts, de cette addiction, j’ai été privée de la possibilité d’en jouir, en hôpital, suite à un accident m’immobilisant, je ne pensais pas à elle, au bout de 6 jours j’ai eu une crise hallucinatoire (les stupéfiants analgésiques en plus), une descente aux enfers, douloureuse et pénible. J’ai eu toutes les peines du monde à faire comprendre à mes soignants que j’étais en manque de ma drogue, « la nicotine ». Ils m’ont enfin collé un patch et basta.

Mon père fumait des Celtics et moi des Brasilenas, en paquet de 32 que j’achetais « à croum » chez Chérif dans le douar, l’une dans l’autre ces cigarettes devaient contenir autant de goudrons l’une que l’autre. Cela fait donc 50 ans que je fume, et comme dit mon médecin actuel, supprimer la nicotine ferait plus de mal que la quantité de substance nocives que je pourrai encore ingérer.

Je ne sais pourqui toutes ces campagnes anti-tabacs dirigées, approuvées par l’Etat, me hérissent le poil de cette façon, peut-être par leur indécence, un Etat qui obtient tant d’argent de ces produits par les taxes qu’il prélève. C’est le règne des faux-culs !

Plus on me pousse, me conseille (pour mon bien), me harcèle, moins je me sens réceptive et bien au contraire, je me révolte. Au moins rester maître de son corps, la pilule anti-contraceptive çà allait, mais là, c’est une atteinte à ma liberté, je veux jouir comme il me plait … en fumant !

Mais je cause trop, je le sais …

10 Réponses à “FUMELLE, MOI ? – NON, FUMEUSE ! …”

  1. balapsychopathe dit :

    Songrenu, mais pas mal. Une tarée comme je les aimes. A bientôt.

  2. Fifi d'Ardèche dit :

    J’avais 6 ans lorsque j’ai accompagné ma mère dans un village des Aurés , vers un gourbi autour duquel une petite foule nous attendait , inquiète .Une femme accouchait et l’affaire se présentait mal , alors on était venu chercher maman et comme je parlais l’arabe, j’étais avec elle. Je l’ai attendue à l’extérieur de l’habitation.
    Maman n’était ni médecin, ni Infirmière , elle était couturière ,avant, dans ma Haute-Marne natale,et nous sommes arrivés dans ce pays , mon père en ayant été nommé secrétaire général de mairie.
    Mais quand nous sommes arrivés dans ce pays au fin fond des Aurès ,– endroit désertique où il n’y avait que 3 arbres, dont l’un était mort –,des femmes étaient venues la voir , un enfant dans leurs bras ;  » Il est malade, soigne-le » « Je ne peux pas, je ne suis pas docteur » avait-elle répondu , désolée..
    3jours plus tard, elles revinrent, portant l’enfant , mort.
    Maman fut si peinée qu’elle se mit en rapport avec des médecins militaires , apprit à soigner, fonda une infirmerie dans laquelle , seule et bénévolement, elle soigna la population .
    Les jours de marché, il y avait jusque 50 malades qui venaient là… Les musulmans l’appelaient tous « Maman »…
    Ce jour-là , maman aida cette femme à accoucher et l’enfant et sa mère vécurent. Nous avons appris ensuite que si les choses ne s’étaient pas bien passées , nous aurions pu ne pas en réchapper…
    Un peu plus tard, les femmes du village vinrent et tissèrent une couverture pour elle , en remerciement, un « kilim  » kabyle , aux motifs géométriques , des losanges , des carrés de différentes tailles , de couleurs vives.

    Aujourd’hui, jour de son anniversaire , ce kilim est à côté de moi, il ne m’a jamais quittée , je sais ce qu’il représente : le coeur d’une femme digne de ce nom, son courage, sa confiance en elle-même , sa volonté , sa force , son dévouement à l’autre , son Amour…

    Madame l’hôtesse de ce blog, nos vies présentent bien des points communs et moi aussi je cause trop, sans doute , mais j’avais coutume d’offrir une rose rouge à cette maman exceptionnelle le 19 juin , et, plus tard, d’aller déposer cette rose sur sa tombe. Aujourd’hui, je suis trop loin, je ne peux le faire alors je me permets de le faire de cette façon,grâce à vous …

    Et je fume, moi aussi, une cigarette , en pensant à ce farouche amour de la Liberté que nos parents nous ont légué…

  3. lapecnaude dit :

    @ Balapsychopathe – à partir de quelle heure tu vois huit paires de pattes aux mouches ?
    tarée, moi ? Ah si connaissais ma soeur !!!!!!

  4. lapecnaude dit :

    @ Fifi d’Ardèche – l’aurions nous fait virtuellement ?

    Il sent toujours le suint ?

  5. babelouest dit :

    J’ai connu une autre Françoise, sur le Net. Elle aussi fumait beaucoup. Elle aussi ne dépassait guère le mètre cinquante. Elle était médecin. Elle n’est plus. Le tabac l’a tuée. Quel dommage ! Clo la connaissait bien, qui avait écumé plusieurs fois la grande Foire de Lille avec elle.

  6. Fifi d'Ardèche dit :

    Par delà le symbole de ces qualités de coeur et de courage qu’est ce kilim pour moi , il y a aussi le symbole d’une femme française , porteuse de toutes ces valeurs que notre pays a , durant des siècles, représenté aux yeux du monde.
    Et il symbolise également l’aide de cette femme aux vraies valeurs françaises , à la venue au monde d’une nouvelle génération d’Algériens , des Algériens libérés d’un joug exploiteur et esclavagiste, celui des colons…Dont on retrouve, de nos jours , un grand nombre au sein d’un parti que l’on ne voudrait pas voir à la tête de notre pays. Car, alors c’en serait fini, de ces valeurs humaines …
    Ce kilim ne sent plus le suint depuis longtemps , et je suis sure que nous sommes 5 aujourd’hui à rendre cet hommage à cette maman exceptionnelle.
    Babelouest, vous avez raison, fumer, c’est une détestable addiction dont il faut se défaire .

  7. lapecnaude dit :

    @ Fifi d’Ardèche – tout çà nous éloigne du sujet. Tu fumes et quoi ? du Belge ? Pourquoi ?

  8. Fifi d'Ardèche dit :

    Bah!…Pas si hors sujet que cela: je pense que les valeurs que j’ai évoquées partent aujourd’hui elles aussi en …fumée!
    A propos, je ne connaissais pas la signification de l’expression « fumer du belge », je suis allée la chercher sur internet…
    Allez, je retourne à ma nature ardèchoise, sauvage et si belle , à mes peintures , et…à mes valeurs.
    ET J’ARRETE DE FUMER!

  9. lapecnaude dit :

    @ Fifi d’ardèche – « fumer du belge » est une vieille expression argotique qui vient très certainement du fait qu’au début du XX°siècle il existant déjà en France, des droits de douane exorbitants sur le tabac. Donc on allait le chercher en fraude en Belgique. Tout le monde savait que le meilleur tabac venait de la règion de Sémois (regardes la carte). Puis il y eut une réplique dans une pièce de théatre : Renée, tu devrais fumer du belge, çà détend …Etait-ce volontaire ? Toujours est-il que le Sémois était le meilleur tabac pour la pipe. Et arrêtes de fumer si veux !
    avant, va sur Google, cherches « blog Ruminances » l y a quelque qui va t’intéresser.

  10. courtier dit :

    merveilleuse post, merci beaucoup.
    courtier http://www.courtierimmobilier.eu

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