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A VERLAINE …

Posté par lapecnaude le 19 avril 2010

djebel.jpgC’était en juillet 60, un plein cagnard nous obligeait à faire la sieste, nous étions tous là dans la piaule de Guy, le sous-lieutenant du poste d’El Hassi-Bergoug, là bas plus loin que le col d’Aïn El Kebch, tout au bout de l’image …

Cherchant en vain un souffle d’air plus frais dans la touffeur du plein midi, où même les mouches n’osaient pas voler.

Après nous être régalés de l’histoire « du GRRRRand oiseau noir qui nichait sur le plus haut sommet des Highlands d’Ecosse, conte à épisodes plus burlesques les uns que les autres, se fit un silence, et soudain coupant ce silence, une voix …

Je suis venu, calme orphelin,  Riche de mes seuls yeux tranquilles,   Vers les hommes des grandes villes :   Ils ne m’ont pas trouvé malin.

A vingt ans un trouble nouveau   Sous le nom d’amoureuses flammes   M’a fait trouver belles les femmes :   Elles ne m’ont pas trouvé beau.

Bien que sans patrie et sans roi   Et très brave l’étant guère,   J’ai voulu mourir à la guerre :   La mort n’a pas voulu de moi.

Suis-je né trop tôt ou trop tard ?   Qu’est-ce que je fais en ce monde ?   Ô vous tous ma peine est profonde :   Priez pour le pauvre Gaspard !

C’était Jean, un centralien, il mort quelques jours plus tard, sur la piste, une mine ….

Depuis je pleure en lisant Verlaine.

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 » La terre, çà vous tient debout  » – LA BERTHE

Posté par lapecnaude le 10 février 2010

troupeau.jpg        Ce livre fait partie de ces ouvrages d’histoires locales que l’on trouve dans les tabacs-librairies de village, sans prétention mais si bien écrits. Il conte la chronique d’une famille de paysans de la Mayenne, au milieu des bocages chouans, c’est une peinture de l’évolution de la paysannerie du siècle dernier, allant de l’archaïsme à la mécanisation du métier, des bras à la machine, avec toute la ruse, la volonté, l’intelligence des autodidactes.

De Jean-Marie, Modeste né en 1867 à Villaines-la-Juhelet à Berthe, sa fille, née en 1896 jusqu’aux années 1950, il y a l’espace de trois générations puisque Berthe est restée vieille fille. Orphelin à six ans, il va à l’école du village avec ses frères le long des chemins de pierre et de boue, les pieds nus dans les sabot justes remplis de paille, le reste du temps il travaille dans les champs avec sa mère, trois hectares de terre, des prés « à ferme », un cheval pour labourer, quelques vaches à traire, les poules et le potager. Juste survivre. La ferme, un bordage mal bâti, humide mais avec une grande pièce carrelée et une cheminée avec une planche d’appui, pièce ou l’on vit, dort et travaille l’hiver. A côté, le corps de bâtiment avec l’écurie, l’étable, fenil, grange et fournil pour cuire le pain chaque semaine. La mère a embauché un aide pour les travaux, mais elle tient la place d’un homme à la tête du cheval devant la charrue, retourner les foins …

En ce temps là, les terres appartenaient à une élite, les nobles ou les grands bourgeois, qui mettaient leurs fermes « en louage » ou en « en métayage », louer était plus profitable, car le paysan était libre de ses moyens mais devait payer son loyer à terme quelle que soit la récolte, à lui de bien travailler. Jean-Marie à grandit, ils ont changé de ferme plusieurs fois, de plus en plus grande, avec lui grandit son troupeau, qu’il choisit avec soin et discernement, menant parfois ses vaches au taureau à des kilomètres plus loin, toujours à pied, chapeau melon sur la tête, vendant ses veaux à la foire, petit à petit il y prend goût à ce métier de maquignon, et çà gagne gros quand on sait. Il prend femme, installe sa mère dans une maison puisqu’elle ne veut pas aller chez ses frères, elle n’est pas riche mais tous deux ont du courage à revendre. Traire les vaches matin et soir, labourer, semer, récolter, battre, entre temps faire le beurre à la baratte, le pain, la soupe matin, midi et soir avec un bout de lard salé, c’est leur ordinaire. Jean-Marie ira faire un pèlerinage pour obtenir de la Sainte Vierge la naissance d’une fille, car il est très croyant, va à la messe tous les dimanches mais ne s’attarde pas sur le parvis de l’église, c’est du temps gâché. Il a sa fille, Berthe, neuf livres … puis deux garçons.

La politique ne l’intéresse pas, il est antirépublicain et vote pour le noble du pays, c’est bien comme çà. Ce qui lui plait ? la terre, les herbages, il fait une belle réussite avec la culture des pommes de terre, il les vend « en gros » et les expédie par wagon au chemin de fer, mais se déplace toujours en charrette à cheval, ou à pied, par n’importe quel temps pour acheter les génisses à engraisser ou les taurillons à forcer, l’herbe est grasse, il pleut et les bêtes arrivent à prendre deux ou trois livres par jour. C’est rentable et on gagne bien.

Il veut que sa fille soit instruite, il l’envoie en pension avec les filles de notaires et de nobles, Berthe aura toujours cette fierté de surpasser toutes les autres élèves, elle a une passion, elle aime la lecture, elle aura son diplôme qu’on encadrera. Jean-Marie en est fier. A la fin de ses études Berthe revient à la ferme aider sa mère, elle ne travaillera pas aux champs, ni ne fera la traite des vaches, mais elle aidera petit à petit son père dans ses achats et ses ventes sur les foires, faisant parfois l’acolyte pour mieux ferrer l’acheteur. Elle apprendra les astuces, les cours, à repérer d’un coup d’oeil une bonne bête d’un « judas », elle est rusée, tenace, matoise, discute des heures les prix pour les faire baisser et réussit.

Jean-Marie loue une nouvelle ferme, immense, une ancienne entreprise avec plein de bâtiments et quatre cent hectares, mais la terre est en mauvais état, beaucoup de travail pour la rentabiliser, il a des fils, ils sont économes, rudes à la tâche, avec quelques aides ils s’y mettent. La maison est un manoir avec des dizaines de chambres, immense, ils feront comme avant, occuperont celles du rez de chaussée et laisseront les autres fermées. C’est Briante, quelques années passent, les garçons se marient, à chacun sa ferme et ses terres, il reste seul avec Berthe et sa femme. Il tombe malade, le grand mayennais qui ne craignait ni le froid, ni la neige, quand il devait mener ses bêtes à la foire, plusieurs mois durant il dirige sa ferme par l’intermédiaire de Berthe et un jour il demande le notaire pour faire lire son testament avec ses enfants près de lui et s’endort définitivement. Berthe garde Briante et le troupeau. Du jamais vu pour une femme.

Berthe developpe la ferme, achète des terres attenantes, et même un haras, les herbages étaient tellement de bon rapport, avec un petit chateau où elle a envie de se faire enterrer, mais toujours pas de se marier malgre tous les partis qui se présentent. Elle ne veut pas de maître.Elle ne reçoit personne, çà fait des dépenses et des tracas, et puis elle n’est pas chichis, elle fait le frichtis des ouvriers et des saisonniers, oublie le ménage, c’est pas rentable, elle préfère maquignonner ou encore s’occuper de son potager, çà rapporte. Elle lit, découpe les journeaux, se tient au courant de la politique, elle va subir une guerre, avec l’occupation par les allemands, elle fait un peu de marché-noir comme tout le monde.

Elle n’a pas confiance dans le gouvernement, alors avec son notaire elle achète des pièces d’or et les enfile dans des bouteilles qu’elle va enterrer la nuit dans le potager. A la fin de la guerre on lui fera des soucis pour des taxes qu’elle n’a pas payée, une histoire de goutte (alcool de pomme) et d’autres fariboles, elle décide de ne plus rien payer, ni impôts, ni électricité depuis qu’ils lui ont coupé des arbres pour passer une ligne,ni eau, elle a celle du ciel qui est autrement pure. Elle vieillit mal, elle laisse ses bêtes se mélanger, se reproduire anarchiquement, il a fallu l’intervention des services vétérinaires pour les faire vacciner de force, elles étaient devenues à moitié sauvages, les veaux sous la mère comme çà on n’a pas besoin de traire. Elle se casse les deux poignets, ne quitte pas sa ferme. Elle se casse le col du fémur et revient dans sa ferme, habillée hiver comme été d’un vieux paletot. Ça lui suffit. Les toits ont des gouttières…

Elle avait bien adopté son neveu, blessé de guerre, handicapé par la perte d’un bras à la suite d’un bombardement pour éviter de payer l’impôt, mais il ne s’est pas plu avec elle et est retourné chez son père, elle est seule et çà lui plait…. jusqu’à quand ?

Berthe est certainement un cas, elle reste féminine jusque tard dans sa vie, tout en menant une vie d’homme, elle n’aime pas les gens, les évite, « ils me fond perdre du temps », aucune difficulté ne la rebute s’il y a de l’argent à gagner, et cet argent « c’est de la terre, et çà tient debout » …

D’après le livre de Joëlle Guillais

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