DEJA EN 1896 …..

Posté par lapecnaude le 24 mai 2010

lallementvelocipede.jpg   La momie de la Butte-aux-Cailles … il n’y a qu’à Paris que l’on peut associer une momie et un volatile, dans ce vieux quartier de la grande ville fait de ruelles, d’escaliers, d’échoppes sur la rue et de troquets souvent mal famés. Claude Izner, autrement dit les soeurs Liliane Korb et Laurence Lefèvre, cinéastes et écrivains, nous emmènent dans un imbroglio policier dans le milieu des bouquinistes tout en nous faisant nous côtoyer des trimardeurs, des laveuses en bateau de Seine et des sans logis avec leurs héros, un japonais libraire nommé Kenji et ses  associés et parents Victor et Joseph. On se déplaçait en fiacre, à pied, et… en vélocipède.

Le récit vaut par les descriptions des lieux, pas tout à fait les bas-fonds de la ville, des petits métiers d’alors, que ce soit vraies ou fausses aristocrates, bourgeoises ou « femme qui marche », et des cercles littéraires tout autant qu’artistiques. La Butte appartenait aux rapins pas aux rupins, alors.

Je ne vous en citerai que l’épilogue, puisque l’intrigue, ma foi, ne m’a pas vraiment passionnée. C’est un peu catalogue de la Samaritaine, mais c’est l’année 1896, cette année là :

- En 1896, la population de la planète est, selon les statistiques, de 1 milliard 480 millions d’âmes. La compétition pour le partage du monde par les grandes puissances poursuit son cours.


Un aventurier anglais, le Dr Jameson, envahit le territoire des Boers. Il est battu et fait prisonnier, « Le Petit Journal » titre :
< < L'Empereur d'Allemagne, Guillaume II a envoyé une dépêche de congratulation à M. Kruger, le Président de l'Union sud-africaine (Transvaal) qui a rossé les soldats de sa grand-mère >>
En Angleterre, c’est l’indignation. Le bruit se répand d’un conflit imminent avec l’Allemagne.
Les Italiens, déjà installés en Erythrée et en Somalie, affrontent en Abyssinie les troupes du négus Ménélik II. Ils essuient une terrible défaite à Adoua.L’Anglais Lord Herbert Kitchener se bat contre le Mahdi (en arabe : « le bien dirigé »), qui est devenu le maître de tout le Soudan.Aux Antilles, les Cubains soutiennent depuis deux ans leur lutte d’indépendance contre les forces de l’Espagne.Le Japon signe un trait avec la Russie sur la Corée qui devient un condominium, c’est à dire la propriété de deux puissances.

En Turquie, de septembre 1895 à février 1896, le nombre de victimes arméniennes s’élève à 25 000.

Djibouti entre dans la famille des colonies françaises sous le nom de Côte française des Somalis.

Le Général Galièni est fait gouverneur de Madagascar.

On lit dans « L’Illustration » qu’un électricien américain, M. Rich, à proposé l’emploi d’une torpille aérienne pour bombarder les villes. En attendant, dans l’armée française, la vitesse du pas accéléré est ramenée dans l’infanterie de 127 à 120 par minute, sa longueur restant fixée à 27 centimètres.

< < Être curieux et ne s'intéresser à rien, voilà le reportage>>, écrit Ferdinand Brunetière, le directeur de « La Revue des Deux Mondes », honni par Verlaine. Le lecteur lamda se délecte des fait divers qui émaillent la presse. Tels que :

- L’espérance de vie moyenne des médecins en 1896 est de 56 ans et 7 mois.

- Les statistiques de la Préfecture de Police annoncent que Paris compte le plus grand nombre d’étrangers, soit 181 000. Ce chiffre « inquiétant », selon « Le Petit Journal », n’est qu’une estimation : < >.

- Si en Angleterre les ice-cream vendus en plein air arrivent à contenir 7 millions de microbes par centimètre cube, en France les limonades de marque n’atteignent que le score de 1 million de microbes par centimètre cube…..

- En France, on recense 38 228 969 habitants. A Paris, ils sont 2 511 955, en Algérie 4 393 698.

- Le 11 avril, le Sénat repousse un projet d’impôt sur le revenu proposé par M. Paul Doumer, ce qui réjouit les 2 500 000 rentiers, bien plus nombreux que les 52 500 travailleurs qui mèneront 465 grèves entre janvier et décembre.

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LE COEUR EN DEHORS de Samuel BENCHETRIT

Posté par lapecnaude le 19 avril 2010

hlm3.jpgCette banlieue, ces HLM qui vous collent à la peau et à l’âme. Lorsqu’on y a vécu, on en repart toujours en y laissant un petit bout de notre coeur ! Vous allez me dire que j’aime les histoires tristes d’immigrés, de pauvres, de sans-papiers… c’est un peu cela, oui, en cette époque ou l’on se permet d’entraver des humains comme des bestiaux et de les expédier vers n’importe où pourvu que ne soit pas chez nous, cela me révolte.

Insidieusement ces mots, « sans-papiers », « bâtiments », « tours », me ramènent à ma cage d’escalier avec un ascenseur (farceur lui aussi) jusqu’au 7ème étage du bâtiment 7, avec à chaque étage un vide-ordure sur le palier (clac-schlonc) et deux portes en vis à vis totalement identiques (un oeilleton au milieu bien sûr). Deux familles par étages, des amis, on se parlait, on s’entre-aidait. Chaque escalier était une mini-société.

LE COEUR EN DEHORS, c’est une gamin de dix ans, Charly, pas Charles, TRAORE, parceque son père est Malien, parceque sa mère est Malienne, parceque son père est parti un jour et que sa mère l’attend toujours, en travaillant « au noir », à temps plein chez des bourgeois dont la fille, une avocate a dû louer l’appartement HLM pour la mère de Charly parceque celle-ci n’a plus de papiers, son mari est parti avec …

Charly, un jour où l’ascenseur pour une fois marchait, est descendu avec pour partir à ‘école. A la porte, deux flics et une bonne femme l’accostent et lui demandent « Tu sais où habitent Joséphine et Henry Traoré ? », il le leur indique, et remonte très très vite chez lui par les escaliers. Comme c’est un champion de vitesse, il arrive et se cache dans le vide-ordures, il voit passer les flics, la bonne femme et sa mère qui porte un sac archi plein de choses … un regard, pas de sourire de sa mère, alors il se tait, il attend un long moment en se questionnant. Puis il dévale les escaliers et part au travers de la cité à la recherche de son frère Henry.

Henry ne va plus à l’école, il se drogue, au grand désespoir de sa mère. Charly durant cette recherche nous raconte sa vie, ses copains, Yéyé le roi des charrieurs, Freddy avec son éternelle écharpe autour du cou, Kader… son école, ses profs, ceux qu’il aime, ceux qu’il n’aime pas, la langue française sa matière préférée, la poésie, moins les maths, toute sa vie est et a été dans ce quartier, depuis la maternité, la maternelle, l’école primaire, le collège maintenant. Ces tours aux noms célèbres, Picasso, Proust, Guillaume Appolinaire, ce centre commercial où après avoir fait les courses il va parfois au restaurant avec sa mère, une fois chinois, une fois japonais, tout, il connaît tout Charly, sauf la réponse à cette question : que veulent les flics à ma mère ?

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J.M. BLAS DE ROBLES – Là où les tigres sont chez eux

Posté par lapecnaude le 2 avril 2010

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Dans cet ouvrage Blas de Robles a écrit trois romans en un seul et une biographie suivant un système d’alternance, historique, aventure, socio-politique, allant du XVII° au XXI°siècle. Il nous conte sur un air de samba, un fond de cocaïne, de fumée d’herbe, de rythmes de macumba, dans une luxuriance de foret vierge amazonienne une histoire d’amour, une histoire d’aventure, une peinture de la décadence sociale d’un pays, le Brésil et Kircher.

Eléazard, son fil conducteur, est journaliste et écrivain, dans cette vieille ville d’Alcantara, peu de blancs et beaucoup de « natives », métis de tous les continents. Ses rencontres avec une femme venue d’Italie, belle et mystérieuse, arrivée là comment ? Elle ne le sait sait pas, elle fuit quelque chose, quelqu’un ou elle-même, qui saura jamais ? Son désir d’amour de Loredana, son espoir font la trame de cette histoire d’amour.

A part quelques articles sans grand intérêt qu’il adresse épisodiquement à son journal, il lui a été confié la charge d’écrire la biographie d’un jésuite du XVII° siècle, Anathase Kircher, savant pluridisciplinaire qui écrivit 39 livres sur des sujets divers dont plusieurs encyclopédiques. Cet érudit voyageait dans des contrées lointaines pour y étudier les habitants et leurs milieux. Kircher, outre ses récits de voyages dans des pays en cours d’évangélisation (il faisait partie de la compagnie de Jésus), abordait des « études » telles que la musique, l’acoustique (il inventa le cornet), la physique, l’optique (il se servait couramment d’un microscope rudimentaire de son invention), l’archéologie, la chimie (il expérimentait souvent sur lui-même les remèdes envoyés par ses frères missionnaires), la vulcanologie, l’astronomie (avec une préférence pour les planètes-soeurs de la terre, il avait d’ailleurs réalisé que l’univers n’était pas plat et risquait par là même sa vie, on était encore à la période de l’inquisition), les mathématiques, les sciences… Il abordait également des domaines plus ésotériques , tels que l’occultisme, l’éthique, la Kabbale.

Plus concret, en médecine, lors d’une épidémie de Peste à Rome, il crut identifier le vibrion de la peste (une espèce de vermicule dit-il) à l’aide de son microscope et parla le premier de prophylaxie en ordonnant les quarantaines, le brûlage des effets des morts, le port d’un masque anti-miasmes (l’époque n’était pas à la désinfection corporelle, on se lavait peu ou pas et cela a duré des siècles). C’était quand même un précurseur.

Esprit inventeur donc, polyglotte , ce prêtre de la Compagnie de Jésus ne voyait cependant ses travaux qu’au travers des idées de la scolastique traditionnelle (Dieu à créé, Dieu fait tout, tout dépend de Dieu).

Esprit encyclopédique, il crut avoir déchiffré les hiéroglyphes égyptiens, créant une fontaine avec Le Bernin (sculpteur) ornée d’un obélisque pour complaire au pape. Il connaissait l’écriture grecque, le copte, l’abyssin (?), le chinois (un peu), mais s’était complètement trompé sur l’égyptien, ce qui n’avait aucune importance à cette époque puisque celle-ci ne fut traduite de plusieurs siècles plus tard (Rosette). Néanmoins, il écrivit à l’usage de ses frères missionnaires un dictionnaire de latin-chinois, un récit de voyage en Chine (1660) et un projet de langage universel ancètre de l’espéranto.

A chaque chapitre de la découverte d’Athanase, au rythme de la traduction et de l’interprétation d’Eléazar, suit un morceau de sa propre vie, avec Loredana, l’inconnue du seul hôtel de la ville, le patron-cuisinier et sa compagne, Soledade, sa gouvernante trouvée dans la maison avec les meubles, chacun avec ses peurs, ses rêves et la samba, la macumba et ogum-fer et le rhum, le rhum, le rhum..

Ex-épouse Elaine, partie en expédition à la recherche de fossiles sur le fleuve Paraguay, aux prises avec des trafiquants de cocaïne, prisonnière des indiens guaranis, qui assiste au bout d’une longue marche-calvaire dans la jungle au suicide rituel de toute la tribu et de ses deux derniers compagnons.

De sa fille, Moéma, jeune paumée, camée, bisexuelle qui part en dérive avec des compagnons d’infortune.

De la décadence des élites brésiliens en période d’élection, face à une population démunie de tout, survivant à peine.

Il y aura des morts, des fuites, des incertitudes, du rêve…… mais y a-t-il des tigres au Brésil ?

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